vendredi 27 mars 2009

L'indivudualisme au travail : genèse. Grande offensive contre les services publics

Genèse de l’individualisme. Grande offensive contre les services publics
Les beaux esprits au pouvoir se font vertu à déplorer « l’individualisme sui domine aujourd’hui ». Faux-culs !

I. Le patronat et la classe politique ont vite compris le danger révélé par les grandes luttes des années 70 qui voulaient négocier en force, échappaient au contrôle des centrales syndicales. Voir parmi les documents suivants"Mai-juin 68, vu 40 ans plus tard"
Ils ont rapidement réagi.

1. Le patronat a, en premier lieu, « renégocié » les qualifications qui dataient de la Libération.
(fin des années 70) Les qualifications dataient de la Libération, ignoraient beaucoup de métiers nouveaux. Mais il ne le fit pas en intégrant ces nouveaux métiers : il le fit en supprimant les critères objectifs de savoir-faire, pour les remplacer par des critères qualitatifs livrant chacun à l’appréciation de l’employeur sans recours jouable.

En métallurgie, en outre, la qualification n’était plus attachée à la personne, mais au poste de travail. Leur mise en place a créé des tensions car il y avait moins de postes cotés P3 par exemple, que d’ouvriers ayant cette qualification ! Même ceux qui y furent affectés étaient déstabilisés, livré par ce biais au bon vouloir du chef d’atelier..

La reconnaissance du professionnalisme a ainsi été gommée.
En voie de disparition, Le chef respecté qui savait se mettre à n’importe quel postes de travail et sortir du bon travail.

Le savoir-faire qui avait toujours été l’ossature de la dignité ouvrière, fut la première chose détruite.

2. Le gouvernement Giscard a fait la promotion de « l’enrichissement des tâches » et des « cercles de qualité » dotés d’un budget, organisés par l’encadrement avec un affichage « participatif » et non plus répressif, destinés à doubler les CHS syndicaux.

L’« enrichissement des tâches » a expérimenté dans les atelier de production la « direction par objectifs », qui proclamait la « responsabilisation collective des équipes sur leurs objectifs » :
C’était destiné aux ouvriers devenus polyvalents au fil du temps, promus « techniciens de fabrication », chargés d’assembler des sous-ensembles complets, en concurrence entre eux. Payés selon le rendement collectif ils étaient incités à se surveiller et se houspiller entre eux jusqu’à dépasser les objectifs assignés.
Le patronat a mis tout cela en place avec un zèle pour le moins inhabituel…

3. Puis ce fut le passage aux robots de fabrication « servis » par des ouvriers chargés de les approvisionner et d’en surveiller le fonctionnement, un technicien étant chargé du réglage d’un groupe de robots.
Réduction drastique de l’effectif et isolement de chacun.

4. Il y eut en outre une profonde réorganisation qui a progressivement réparti la production sur des réseaux de petites unités de moins de cinquante salariés, pseudo filiale et de sous-traitantes. Des salariés se sont laissé convaincre de devenir de pseudo indépendants « à qui on continuerait de donner du travail comme avant ».
Par ces procédés, de proche en proche, les collectifs de travail ont été cassés et la couverture syndicale fortement réduite.

5. Les méthodes de « management » et l’organisation du travail nouvelles ont délibérément visé à épuiser les salariés, à les casser sur le plan psychique.
Chaque famille compte désormais au moins une personne psychiquement cassée. Il s’agit d’une politique délibérée que ne modifient pas les hypocrites commissions sur la « souffrance au travail ». (formule fourre-tout qui masque que la cassure psychique organisée est venue remplacer les nombreuses mains écrasées sous les presses)

Ainsi, les collectifs de travail expérimentés ont été atomisés, remplacés par des situations individualisées mises en rivalité.
Un corollaire en est une perte en qualité du produit ou de prestation des entreprises.
Mais nul ne se soucie plus de qualité, ni d’environnement, ni de santé des usagers et encore moins de celle des salariés.

Seules comptent la cotation en bourse fantaisiste et la valorisation de stock-options des dirigeants.

II. Simultanément, les centrales syndicales qui commençaient à s’impliquer dans le projet de Programme Commun de la Gauche ont pris leurs dispositions pour ne plus être débordées sur leur gauche et pouvoir garantir la paix sociale sur les lieux de travail.
Particulièrement, la CFDT que le thème d’autogestion avait rendue plus réceptive aux nouveaux objectifs de lutte.( revendications salariales en valeur et non pas en pourcentages qui accroissent les écarts, actions contre les accidents de travail et maladies professionnelles, contre la tyrannie des chefs). La CFDT a proclamé son « recentrage ». Edmond Maire lançant en interne la « chasse aux coucous ». Cela revenait à désigner comme ennemis de l’intérieur les militants qui pratiquaient l’autogestion des luttes. L’épuration des instances nationales et locales fut réalisée dans le meilleur style stalinien…. Au fil du temps, cette centrale a poursuivi son évolution qualitative ; elle est devenue un quasi cabinet conseil pour les ministres du travail successifs.et porte la responsabilité principale de la multiplication actuelle d’organisations syndicales qui a résulté du départ de cohortes de militants.
Au sein de la CGT le choix du PCF d’entrer dans l’union de la gauche et de soutenir le programme commun a servi à museler les militants tentés de favoriser les mobilisations. L’ossature de cette confédération formatée par le PCF a résisté obstinément aux évolutions que la direction nationale voyait indispensables.

Le syndicalisme français a ainsi raté son adaptation aux nouveaux défis lancés par le patronat et s’est coupé des nouvelles couches de salariés, notamment des jeunes et des femmes.

La refondation syndicale indispensable exige de rompre fondamentalement avec les principes que le Kominform a imposés à la CGT dans les années 20. et qui a gangréné de proche en proche toutes les centrales, les partis et même tout le secteur associatif. (La majorité impose sa loi à la minorité et peut considérer quelle a carte blanche)
Nos racines de luttes sont à rechercher en France, dans la tradition antérieure, et particulièrement dans ce que fut cet anarcho-syndicalisme que le PCF a violemment dénigré et combattu.

III. Dans la Fonction Publique d’Etat, le gouvernement actuel, comme le précédent, mettent en œuvre les mêmes méthodes que ce qu’on vient de voir pour le privé.
Il a imposé un chiffrage imbécile des activités sous couvert d’ « évaluation » des agents et des services. Le chiffrage d’activité sociales, culturelles, de santé, de recherche ou d’enseignement est un procédé pour les rendre ineptes et les vider de leur sens. Il sera plus aisé ensuite de les remettre au secteur privé comme nouveaux espaces de recherche de profit !

Suppression massive d’emplois et multiplication de recrutements hors concours

Recomposition à marche forcée : les administrations sont fragmentées, dispersées, puis regroupées selon des logiques de comptabilité, et non plus selon les missions, ce qui contribue à les vider de contenu. En outre cela sert à déstabiliser chaque agent, à supprimer les aménagements qui furent nécessités par la mission.
Et ça sert à casser l’implantation syndicale.

Neutralisation des organisations syndicales engluées dans la multiplication de pseudo négociations. Le plus caricatural étant les commissions sur « la souffrance au travail » présentée comme un revers inévitable du travail. Alors que de façon délibérée, des conditions de travail pathogènes sont organisées.

Ces conditions de travail délibérément pathogènes résultent :
- De l’utilisation qui est faite de l’informatique et de la messagerie est telle que la hiérarchie n’organise plus le travail des agents : elle sécrète à chaque niveau des procédures dont la complexité est un substitut de compétence et fait illusion. Les agents d’exécution reçoivent des instructions tous azimuts et sont réputés n’avoir qu’à exécuter, sans chercher à comprendre.
- L’encadrement est formé dans la mentalité de ne pas travailler, mais de faire travailler des agents d’exécution toujours moins nombreux et de ne voir les réalités du plus loin possible. Les critères sur lesquels ils sont notés en font des prédateurs qui rendent malades leurs subordonnés et se rendent malades entre eux.
- d’innombrables dispositifs règlementaires inutilement et exagérément complexes qui sont concoctés dans les ministères par de nouveaux hauts fonctionnaires imbus d’infaillibilité, qui se targuent de ne rien connaître au terrain et ne rien vouloir en connaître. Les ministères remplacent les réalités par un monde virtuel comme certains enfants devant leur console de jeux.
- L’administration de base s’épuise à faire fonctionner des dispositifs délirants déconnectés de leur objet, est malade de voir les réalités sociales bafouées, les solidarités détruites. On les oblige à saboter leurs missions. Car dans l’ensemble ils prenaient à cœur leurs tâches.

L’Appel des Appels montre qu’ainsi le pouvoir conduit une offensive généralisée contre tous les pans de la fonction publique selon des modalités identiques, multiformes. Détruisant sa fonction, brisant sa capacité à défendre les principes républicains.

Lyon, 17 février 2009

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