« MAI-JUIN 68 » a ouvert la voie
à 15 ans de transformations de notre société
crispée sur ses archaïsmes
Mais, 40 ans plus tard…
par Michel de Lyon
Première installation en ligne de ce document : vendredi 25 avril 2008
Modifié le 7 mai, puis en juillet 2008..
Résumé :
Si « Mai-Juin 68 » fut, en un premier temps une fermentation étudiante, celle-ci s’est étendue aux usines ainsi qu’à toutes les couches de la société.
Ses origines n’étaient donc pas dans le seul malaise étudiant : il faut les rechercher dans toute la société, au cours de la période antérieure. Depuis
Il faut aussi observer que de multiples mouvements sociaux se sont transformés en mai-juin 68, poursuivis au cours des années suivantes, aboutissant à de profondes transformations de la société.
Une autonomie de pensée et d’action avait commencé à se déployer avant mai-juin68, l’a rendu possible et s’est développée après.
L’actuel Président a pu mesurer en 6 mois l’ampleur de la résistance qu’il rencontre. L’équipe élyséenne s’active sur son mot d’ordre : « Liquider Mai 68 » à rétablir le carcan institutionnel et moral, à réduire l’autonomie de penser, tente de susciter l’éclatement de la société en communautarismes. Autant d’atteintes graves à la citoyenneté.
C’est là que je vois se jouer le clivage droite/gauche : sujets soumis ou citoyens.
Le développement qui suit n’est pas une Histoire des 60 dernières années, mais dégage les éléments qui conduisent à cette lecture de Mai-Juin 68, de son avant et de son après.
SOMMAIRE :
1. Aboutissement d’un après-guerre qui a mal commencé. Réapprendre à penser par soi-même
Carcan institutionnel et moral, au détriment des femmes en premier lieu. Hypocrisie et mensonges sur les guerres.
2 Peu à peu des éléments de vérité s'accumulent.
L’esprit critique se constitue. Les carcans se fissurent. La volonté de vivre autrement apparaît.
3. MAI-JUIN 68 : ça craque chez les étudiants, puis dans tous les secteurs de la société. p. 5
Dans toutes les couches de la société l’activité s’arrête, non pas sur des revendications, mais sur la conviction que le travail et le genre de vie qu’on a eus jusque là ne peuvent plus continuer et qu’il faut discuter comment ça doit fonctionner autrement.
4. La grande trouille du pouvoir, puis le retour aux urnes.
5. Au cours des années qui suivent, l’exigence de réformes profondes continue à s’exprimer et des pratiques collectives s’inventent dans tous les secteurs malgré la répression p.7
6. Les actions puissantes des années 70 finissent aboutir à des lois ouvrant notamment le droit des femmes (70-75), la responsabilité pénale de l’employeur lors d’accidents de travail ou de maladies professionnelles (1974), l’abolition de la peine de mort (1981), etc.
7. Conclusion 1 p.10
8. « Liquider MAI 68 » : rétablir le carcan moral et institutionnel
Rétablissement de l’ « autorité morale » de l’église catholique et réhabilitation de la scientologie ; susciter la communautarisation de la société ; étrangler les sources de l’éducation à la citoyenneté ; utiliser la technologie moderne pour tisser des filets de surveillance des actes et des idées, contrôler la communication.
9. Conclusion 2. p. 13
25 ans se sont écoulés depuis la fin du train de réformes progressistes issues de mai68. Le système capitaliste n’a plus de rival et couvre la planète. Il s’est dématérialisé, délocalisé, devenu un monstre échappant à tout contrôle. Nos gouvernants actuels favorisent ses effets dévastateurs.
Notes N1 à N4
A
Un consensus implicite s’établit pour une réconciliation nationale, sans trop examiner tant la défaite de 40, que le régime de Vichy « ce n’était pas
Le pays en ruine se mobilise sur les besoins immédiats et pour la reconstruction nationale que prolonge la découverte de la consommation et du formica. Ce sont les « 30 Glorieuses » avec le plein emploi, un développement économique ainsi qu’une élévation du niveau de vie très importants, des chansons et un grand nombre de commémorations valorisant les maquis et de grandes figures de
La société est encadrée par un carcan institutionnel :
L’Etat, qui contrôle étroitement les médias ; l’école et l’armée contribuent au formatage.
(Voir notamment les livres de géographie de l’époque sur les peuples colonisés).
L’Eglise catholique a été rétablie dans une autorité morale de facto sur la société, malgré l’inertie du Vatican face aux déportations massives et aux camps de la mort. Carcan moral bigot (sexualité honnie hors reproduction, homosexualité « contre-nature », le travail et la souffrance magnifiés pour gagner son paradis après la mort, notamment).
Le PCF est le principal parti d’opposition. Sa raison d’être est dictée par le Kominform à partir du début de la guerre froide en septembre 1947 et consiste en la défense de l’URSS et, en France, le maintien de l’ordre capitaliste bourgeois d’avant-guerre. (N1) Sous un discours anticapitaliste fort, il encadre fermement les intellectuels progressistes, discrédite lourdement ceux qui expriment un désaccord avec sa ligne ou sur l’URSS. Aidé en cela par sa « courroie de transmission »,
La domination coloniale est brutalement rétablie dès 1945, malgré les promesses :
Bombardement du port de Haiphong, massacres de Sétif et répression des Malgaches
Guerre d'Indochine de 1945 à 1954, s’achevant à Dien Bien Phu,
Guerre d'Algérie de 54 à 62
Amnistie sur les actes liés à ces conflits.
Refus d’examiner ce que furent ces guerres.
Bien qu’ayant acquis le droit de vote à
Médias étroitement contrôlés.
Depuis sa création en 1964, l’ORTF est placé sous la tutelle du ministre de l’information qui définit « les infos » jour après jour.
Cinéma et édition sont soumis à une censure bigote. Le film de Rivette, « La religieuse » donne lieu à de violentes réactions des milieux catholiques conservateurs. (N2)
Le livre antiraciste de Boris Vian « J'irai cracher sur vos tombes » est interdit en 1950 pour « outrage aux bonnes mœurs », sa chanson de 1954, « Le Déserteur », interdite sur les ondes nationales.
Ce ne sont que trois exemples parmi beaucoup d’autres.
2 Peu à peu des éléments de vérité s'accumulent. (années 60-67) L’esprit critique se constitue. Les carcans se fissurent. Apparaît la volonté de vivre autrement.
Chez les étudiants :
Explosion des effectifs, multiplication de campus.
Annonce de réformes de l'enseignement, avec amorce d'une finalité emploi.
Le débat étudiant porte sur quel enseignement : selon une logique interne du savoir (épistémologie) ? Ou selon la finalité de servir le profit ?
Il débouche sur la critique systématique de l’Université, de son enseignement, du mode de vie qu’elle impose aux étudiants et de la place dans la société de l’encadrement, entre patronat et travailleurs.
Dans les usines, s’étend le fordisme avec apparition d’un grand nombre d’OS femmes, de jeunes français et immigrés coloniaux récents.
La base de
Après les témoignages de Soljenitsyne, le limogeage de Khrouchtchev en 1964 marque l’apogée de la « déstalinisation » en URSS et vient s’inscrire en faux contre vingt ans de propagande et d’action répressive du PCF sur les intellectuels. Les répercussions sont très importantes chez les intellectuels et chez les étudiants qui voient en outre que la mobilisation conduite par le PCF pendant les deux guerres coloniales se faisait « pour la paix », et non pas pour l’indépendance de ces peuples. La rupture est creusée par l’envoi des chars soviétiques contre la volonté pacifique des tchécoslovaques d’être maîtres de leur destin. Rappelons qu’en 1965, le PCF n’est pas en mesure de présenter un candidat au Présidentielles.
Le refus de la guerre d’Algérie s’était traduit pour certains jeunes par le refus de l’incorporation militaire.
Par l’aide au FLN pour d’autres, organisés en réseaux clandestins.
Tous sont durement sanctionnés.
L’UNEF est l’organisation progressiste la plus concernée et la plus active contre l’incorporation des jeunes.
Les informations ont circulé tout au long de cette guerre sur l’usage de la torture sur la population algérienne. Les dénégations de l’Armée et des politiques parviennent de moins en moins à étouffer la vérité En 1962, débarquent les centaines de milliers de pieds-noirs. Parmi eux, ceux qui avaient reconnu la nécessité de l’indépendance. Tous racontent. Les mensonges du pouvoir commencent à se démasquer.
Des interrogations reviennent périodiquement sur l’ampleur réelle qu’ont eue la résistance à l’occupant et la collaboration ; quels était la nature et le rôle réel du gouvernement de Vichy et des administrations notamment dans la déportation des juifs. De plus, se révèle le fait que d’anciens gradés nazis occupent des fonctions élevées dans de nombreux pays, et en France même, et que des ordres religieux ont contribué à leur fuite. Au début des années 60, le discours officiel est encore stéréotypé, qui favorise le sentiment confus de culpabilité.
La condition des femmes profondément transformée par leur entrée sur le marché du travail salarié, dès le début des années soixante se caractérise, au travail, par une inégalité choquante. Hors travail le tribut payé par les femmes est lourd et conduit le Planning Familial à s’engager pour la contraception. Des avortements s’organisent dans la clandestinité, faits par des professionnels dans des conditions d’hygiène correctes, au risque de lourdes peines de prison.
Les écrits de Simone de Beauvoir, republiés, ont un grand retentissement.
Ce mouvement naissant obtient la légalisation de la contraception en décembre 67 Au Parlement puis au Sénat, Lucien Neuwirth a affronté des crispations archaïques et haineuses. Il faut lire ces débats pour découvrir la vision du monde de certains moralisateurs. Les décrets d’application seront bloqués pendant 5 ans encore.
L’Eglise catholique sous la pression sociale relayée par les organisations JOC, JAC, JEC et l’hebdo « Témoignage Chrétien » issues de
La revue « Esprit » sort un numéro spécial Israël-Palestine qui fait grand bruit. En 1967 parait à Lyon le Livre Blanc sur
Ainsi, la contestation de l’autorité prend une dimension mondiale : elle dépasse la confrontation nationale et l’entraîne "dans le sens de l’Histoire".
En février 1967, l’UJCml crée les Comités Vietnam de base, CVB, pour diffuser les informations sur la mobilisation remarquable de tout un peuple pauvre qui tient en échec la plus puissante des armées impérialistes. La démarche de ces militants est d’aller sur les marchés et à la sortie des usines pour discuter, tisser des liens, connaître les réactions (souvent favorables) et voir quelles initiatives collectives pourraient grouper du monde.
Aux portes des usines, les discussions portent en outre sur les motifs à lutter qu’ont les ouvriers : les 3x8, les premières menaces sur l’emploi, les grèves avec occupation qui ont marqué les dernières années avec intervention musclée des CRS. Une critique des syndicats apparait.
La démarche d’enquête politique conduit, fin 67, des militants à s’embaucher dans les usines où des contacts commencent à se nouer.
La culture marxiste de ces militants leur donne la conviction que c’est dans les usines que d’éventuels bouleversements se joueront. C’est le début du mouvement d’« établissement » de militants étudiants dans les usines, comme ouvriers.
Nul n’imagine le tremblement de terre qui se produira quelques mois plus tard !
Des écrivains de romans et de théâtre, des cinéastes, des poètes, des peintres s’expriment dans leur art avec force sur la violence et l’hypocrisie de l’impérialisme, des sociétés capitalistes et de la notre. De nombreux journalistes témoignent.
Ainsi les années qui précèdent Mai 68 se caractérisent par une exaspération et par une confrontation multiforme de plus en plus vive entre le carcan conservateur, périmé qui se fissure et une autonomie de pensée et d’action nouvelle, d’initiatives pour vivre autrement dans toutes les couches de la société, s’inscrivant dans un vaste élan de libération à l’échelle de la planète.
De fait de nombreux pays vivront des bouleversements en mai 68, dans des dynamiques et des enjeux tous différents, selon l’histoire de chacun.
3. MAI – JUIN 68 :
Se reporter aux descriptions de ces journées données par les ouvrages qui ne limitent pas ce Mouvement aux seuls étudiants.
Particulièrement, l’ouvrage collectif d’historiens « 68, une histoire collective 1962-1981 » Ed.
Ça craque chez les étudiants.
Autodéfense contre les attaques violentes des groupes d’extrême-droite, puis de la police.
Forums permanents où l’on débat de l’Université, mais aussi de tous problèmes de société. Enseignants et chercheurs réagissent favorablement pour les uns, ou sur la défensive pour d’autres.
Les reporters de l’ORTF font leur métier dans la rue, en direct.
Puis les usines se mettent en grève.
C’est essentiellement l’initiative des jeunes O.S., les galériens non qualifiés des usines modernes, qui vivent mal cadences et petits chefs, des durées de travail de 45, voire 49 et même 52 h de travail par semaine. Pour eux, la vie se réduit à « métro-boulot-dodo »
Pour
Dans toutes les couches de la société, y compris dans les usines, on cesse de travailler, non pas sur des revendications, mais sur la conviction que le travail et le genre de vie qu’on a eus jusque là ne peuvent plus continuer et qu’il faut discuter comment ça doit fonctionner autrement.
Cela touche notamment les autres secteurs de l’enseignement, tous les domaines des arts et des Lettres, les journalistes. La plus grande grève de l’ORTF, pour une véritable indépendance professionnelle. La population s’informe alors sur les radios périphériques (Europe1, Radio Luxembourg) Les hôpitaux (contestation de l’Ordre des médecins d’origine vichyste). Création du Mouvement Jeunes Agriculteurs et du Syndicat de la magistrature. Le mouvement atteint aussi les architectes, etc.… et les usines.
C’est une vaste recherche de sens sur la vie que cette société nous impose.
Apparition d’une extrême gauche.
Jusqu’en 1967 les étudiants d’extrême gauche étaient au sein de l’UEC (union des étudiants communistes), souvent plus nombreux que les étudiants acquis aux positions du PCF. Il y avait là tous les courants oppositionnels, trotskistes, marxistes-léninistes, « italiens », tiers-mondistes. Ils confrontent leurs idées, leurs recherches. Leur exclusion opérée de 1965 à 67 aboutit à la formation ou au développement des divers groupes trotskistes et marxistes-léninistes qui apparaîtront de diverses manières au cours des années suivantes.
Il faut donc souligner qu’aucun d’eux n’était suffisamment important pour peser sur les mobilisations massives de mai-juin 68.
Seul le Mouvement du 22 mars (68) d’inspiration libertaire qui s’est créé au début de la contestation étudiante, a rapidement pris de l’ampleur et réellement influencé le Mouvement de Mai.
Le PSU et sa branche étudiante ESU ont une existence ancienne, participent aux mobilisations de mai-juin. (A Lyon, ils prennent l’initiative des « Cahiers de Mai » qui donne la parole aux luttes) Le PSU est seul en position de faire charnière pour une traduction institutionnelle du mouvement.
Leur refus majoritaire de la transformation révolutionnaire de la société les rend moins audibles que les groupes d’extrême gauche marxiste naissants qui parlent haut, fort et sans nuances !
De plus la majorité des dirigeants nationaux du PSU refusent que leur parti s’enferre dans une vocation ultra minoritaire.
Plus tard, pour agir sur les transformations sociales à venir, ces dirigeants miseront sur la rénovation socialiste rendue nécessaire par l’effondrement de
Ils entreront dans le Parti Socialiste pour en être l’aile progressiste.
4. La grande trouille du pouvoir.
Devant l’ampleur grandissante des manifestations sur fond de grève générale, De Gaulle rend visite au général Massu à Baden-Baden. (Il y a encore une garnison de l’armée française et des forces de l’OTAN en Allemagne)
Répression musclée, intimidation, élections
Menaces militaires (les chars circulent autour de Paris) et démonstration publique de la droite sur les Champs Elysées bienveillante vis-à-vis des débordements de l’extrême droite ; réactivation de la milice armée (SAC) qui avait été créée pour combattre l’OAS, chargée des provocations et des coups de main contre les grévistes.
L’extrême droite multiplie les démonstrations, les provocations, hurle des slogans haineux et racistes ; mène des attaques violentes contre des grévistes, entretenant un climat de troubles.
Marcelin nommé en juin au ministère de l’Intérieur, met en place une énergique répression policière, qui envoie ses casseurs provocateurs autour des manifestations.
ORTF : Une purge massive est opérée dans la radio et la télévision nationales (nécessairement publiques). Rappelons que depuis 1945, la radio est un monopole d’Etat. Jusqu’à la loi de novembre 1981, toute émission privée est réprimée, le matériel saisi (N3)
Des groupes d’extrême-gauche sont interdits (JCR, PCMLF, UJCml, …)
Législatives : La droite joue sur la peur, « la société est menacée par un complot ».
Pas d’alternative crédible à gauche
Election d’une forte majorité de droite.
Le pouvoir simultanément lâche du lest :
Dans les entreprises dès juin 68, la négociation de Grenelle a apporté principalement une forte augmentation des salaires et la création des sections syndicales d’entreprise.
L’enseignement jusque là séparé en établissements différents garçons / filles (difficile à imaginer aujourd’hui !) est regroupé en établissements et classes mixtes, examens et concours uniques. Instauration de l’autodiscipline dans les collèges et abandon de la notation des élèves.
Passé les Législatives, l’activité reprend.
Difficilement, car dans la population la soumission ne règne plus sur les esprits.
5. Au cours des années qui suivent, l’exigence de réformes profondes continue à s’exprimer et des pratiques collectives illégales se développent dans tous les secteurs et malgré la répression.
(à compléter)
Le mouvement d’établissement amorcé en 1967 s’amplifie très rapidement.
Presse satirique libertaire et radios libres sont fréquemment censurés.
Un mouvement féministe multiforme s’amplifie. Contraception et avortements pratiqués par des professionnels de la santé clandestinement. Ainsi, en 1971 au moment d’un procès, 343 femmes célèbres ont signé un Manifeste où elles affirment avoir recouru à l’avortement. Le Planning familial devient le MLAC signifiant une mutation : ce n’est plus seulement pour le contrôle des naissances et ne plus risquer sa vie lors d’avortements, mais l’affirmation d’un droit des femmes à part entière dans la société.
Au sein de
Mouvements indépendantistes dans les territoires d’outremer, et plus seulement l’amélioration des conditions de vie.
Actions écologistes multiples, et contestation de l’armée (plateau du Larzac)
Autant d’activités illégales qui donnent lieu à des arrestations, à des condamnations et à des agressions par l’extrême droite.
Ecoles expérimentales, syndicalisme agricole de gauche. Critique du nucléaire (Bretagne autour de
Création d’un syndicat progressiste de magistrats, d’un syndicat progressiste d’avocats …etc.
De nombreux jeunes décident de rompre avec la société de consommation et vont dans des hameaux de montagne, parfois en communautés, essayer de vivre autrement.
Devant la multiplications des arrestations et condamnations hâtives, la nécessité d’aider à leur défense suscite la formation de comités du Secours Rouge groupant des juristes, des médecins et des personnalités. Là encore, le PCF est absent.
Se développe ainsi au cours des quinze années suivantes, un vaste mouvement très riche, créatif, courageux. Il entraîne de très nombreuses personnes de tous milieux de tous âges dans l’innovation sociale. Ces domaines sont généralement méprisés par le monde politique y compris d’extrême-gauche.
C’est cependant ce vaste mouvement d’anonymes qui aura le plus initié de transformations sociales durables. Sans discours et hélas, trop souvent sans laisser d’archives pour les historiens.
La nécessité d’agir clandestinement contraint à ne pas laisser de traces.
Dans les usines des grèves ouvrières puissantes apparaissent, gérées collectivement par les grévistes : LIP contre la fermeture qui signifie la condamnation d’un savoir professionnel de haut niveau et la perte d’emploi ; Pennaroya contre des maladies professionnelles ; mineurs de Liévin contre les accidents de travail, après le coup de grisou meurtrier ; Léon Grosse contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail faites aux OS immigrés, Le Joint français, les Nouvelles galeries de Thionville, etc.
S’amorce une émancipation ouvrière vis-à-vis du fonctionnement que
Ces procédés bureaucratiques qui permettent à un groupe de se cramponner à la tête du syndicat et de le commander, ont finalement imprégné la totalité des centrales syndicales.
Celles-ci sont engluées dans les instances paritaires et d’innombrables commissions, et des jeux de concurrence, n’imaginent que tracts et appels à la grève incertains, dans une forme dégradée de la représentation : « Votez pour nous, on pense pour vous ». Elles restent fondamentalement centralisées : le centre décide tout et ne se trompe jamais. La base met en œuvre.
Les luttes des années 70 ont pratiqué une démocratie ouvrière fraternelle, dynamique, inventive et enthousiasmante, proche de la tradition de luttes issues de
Elle soutient les revendications des O.S. jeunes, français non qualifiés et immigrés. Elle se distingue en demandant des hausses de salaire égales pour tous, et non plus en pourcentages qui creusent les écarts de salaires.
La lutte des LIP a uni des manœuvres aux ingénieurs, est conduite par la section syndicale CFDT en dialogue loyal avec un comité de grève conduit par un prêtre-ouvrier. Elle inaugure un style syndical tout à fait nouveau de gestion collective de l’action par les grévistes en assemblée générale. Rupture avec les AG-bidon où après un semblant de débat, les travailleurs ont juste à attendre les ordres d’en haut, toute initiative étant suspecte et étouffée. Les interventions répétées des dirigeants nationaux cfdt pour prendre le contrôle de la grève, sont systématiquement rejetées.
La lutte des LIP est devenue pour toute une génération la grande référence d’une démocratie syndicale dynamique, fraternelle, inventive, intelligente en rupture totale avec les conceptions soviétiques qui plombent le syndicalisme français.
Voir "Le militantisme des années 70"
Hélas 10 ans plus tard, la direction nationale de
Son « recentrage » passe l’autogestion à la trappe et dérapera de plus en plus dans l’accompagnement des mesures régressives imposées par le patronat.
Après de difficiles luttes internes pour l’en empêcher, de nombreux dirigeants et adhérents ne voient plus de perspective militante au sein de la cfdt. Les uns vont à
L’auteur de ces lignes a été syndicaliste à
Avec la disparition de l’URSS, le PCF perd la raison d’être que
En 1995, un grand nombre de citoyens actifs sur tous les champs de rupture ressentent un très fort besoin de confronter et coordonner leurs pratiques sociales.
Mais ils refusent d’entrer au PCF ou dans les groupes trotskistes qui font de la manipulation des « organisations de masse » leur mode d’action privilégié, selon les fondamentaux de léninisme-trotskisme.
Ils se regroupent en constituant un « mouvement altermondialiste » qui apparaît comme un vaste laboratoire collectif de critique de la société capitaliste, d’initiatives et d’actions, géré démocratiquement. Il ouvre de grands espoirs à gauche de la gauche quelques années.
Hélas des rivalités internes au sein de sa branche française pour en prendre le contrôle bureaucratique s’avèrent insurmontables et vont décevoir ces espoirs.
6. Les actions puissantes des années 70 finissent par contraindre à légaliser des droits nouveaux qui traduisent de profondes évolutions de notre société.
Droits des femmes : 1970, fin de l’autorité masculine dans le couple marié (loi sur le divorce et introduction de la notion d’autorité parentale conjointe) Les femmes n’ont plus besoin de l’autorisation de leur mari pour travailler et ouvrir un compte à leur nom. (C’est donc très récent. Aujourd’hui inimaginable qu’il ait pu en être autrement !).
1974, la contraception véritablement légalisée et remboursée.
1975, l’avortement autorisé.
1974, dans les entreprises la responsabilité pénale de l’employeur lors d’accidents de travail ou de maladies professionnelles est instituée.
1975 majorité légale et droit de vote à 18ans,
1981, abolition de la peine de mort,
…etc. (à compléter)
Ce ne sont pas ces lois qui ont changé la vie : elles ont mis le droit en conformité avec les nouvelles mentalités.
7. Conclusion 1.
Dans la population les mentalités ont évolué se dégageant des cadres moraux, malgré la violence verbale des milieux conservateurs et leur recours à la force.
La fièvre de Mai-Juin
Le mouvement de fond s’est déployé et s’est engagé dans des voies nouvelles au cours des 10 ou 15 années suivantes aboutissant à de nombreuses transformations durables de notre société.
Mai 68 n’était pas de l’anti autoritarisme d’ados attardés comme il a été rabâché par la suite.
D’une façon générale, l’autorité avait elle-même sapé sa légitimité.
Il ne peut pas être réduit non plus à un simple « conflit de générations », ni à une contestation tous azimuts forcément négative : Créativité, novation passaient nécessairement par la remise en chantier d’acquis paraissant immuables. Par exemple l’ « infériorité naturelle de la femme » et des « races » colonisées, la « fatalité » des accidents de travail, etc…
L’action de tous ces mouvements progressistes a reçu l’appui actif de grands intellectuels, femmes et hommes de gauche le plus souvent, qui en ont permis la traduction en réformes législatives. (sous gouvernements de droite, pour la plupart)
Le moteur de ce long processus a été l’autonomisation progressive de la pensée d’un très grand nombre de citoyens actifs.
L’autonomisation a été favorisée par les apports de grands philosophes, de Nietzsche à Foucault. Avec un décalage important, de trente ans, et plus, chercheurs, enseignants, artistes et gens de Lettres ont progressivement assimilé ces apports, les ont diffusés et utilisés pour de nouveaux développements. Le Cours de Philosophie de Michel Onfray décrit le cheminement d’émancipation de la pensée humaine depuis l’Antiquité.
Parler d’échec de Mai 68 n’a aucun sens : Mai-juin
Cependant, il y a encore du chemin à faire. En effet, il n’y a toujours pas d’espace pour la créativité des travailleurs dans champ syndical actuel et le mouvement populaire progressiste a été étouffé, partout.
Il commence à se reconstituer, mais il doit se préserver des tares organisationnelles, au profit d’un fonctionnement collectif démocratique qui libère son inventivité.
8. En 2008 : « Mettre fin à MAI 68 » : La grande trouille du pouvoir est toujours bien présente
Le mot d’ordre présidentiel a plusieurs niveaux.
Réduire la citoyenneté : Revanche des franges les plus réactionnaires. Rétablir un carcan modernisé. Favoriser l’enrichissement des plus riches.
Ce n’est pas un retour en arrière : le monde a changé et les Etats aussi.
Mais on retrouve aussi la vieille haine des valeurs de 1789 et des valeurs du Conseil National de
Réduire la citoyenneté :Encouragement à ce que la population se communautarise. Dans les banlieues principalement, chaque personne se trouve enfermée dans les critères identitaires attribués à la communauté à laquelle on la rattache, souvent contre son gré, en fonction de la couleur de sa peau, de sa façon de parler, de se nourrir, etc C’est une négation fondamentale du droit des personnes. Une fois réalisée, la division en communautés faciles à manipuler peut conduire à des oppositions identitaires, voire des affrontements (les exemples récents sont multiples où ces phénomènes ont joué et été utilisés )
C’est la plus grave des atteintes à la citoyenneté. Elle se joue autour de la notion réactionnaire d'"identité nationale ou d'"identité européenne", de chasse aux étrangers, véritables provocations racistes.
Il y a tout l’argent souhaitable en caisse pour renflouer les banques qui ont tripatouillé, réparer les erreurs de dirigeants industriels grassement remerciés, alimenter des caisses noires et l’argent qu’il faut pour mettre des troupes aux ordres de Bush, moderniser l’arme nucléaire (contre qui ??).
Mais « Les caisses sont vides » pour le secteur social, mais aussi pour l’enseignement, pour la recherche, pour la culture, la création artistique et sa diffusion.
Cela vise particulièrement tout ce qui contribue à la formation de citoyens capables de pensée autonome, donc libres et conscients. De plus en plus, cela relèvera d'initiatives citoyennes.
C’est en ce domaine que je vois se jouer le clivage droite – gauche. : La droite règne sur des sujets formatés et s’efforce de nous réduire à cela.
La gauche aurait du miser sur les citoyens actifs. Elle a au cours de ses premières années de gouvernement fortement développé la création artistique, l’accès massif à la culture, à l’autonomie de penser, bref à la citoyenneté. Elle a libéré du temps pour cela. (39 heures, puis les 35h.). Le PS a produit au cours de ces années-là le meilleur de ce qu’il pouvait.
Rétablir le carcan institutionnel :Police sur-abondante et entreprises de surveillance surmultipliées ; services publics sociaux affaiblis
Parmi les trouvailles du génie fut la réhabilitation de la prétendue « église » de scientologie.
Tout aussi choquante et inattendue, la proclamation présidentielle du rétablissement de l’autorité morale de l’Eglise (catholique, évidemment) sur la société.
Rupture grave avec la tradition de laïcité de
Surveiller pour pouvoir réprimer :Il y a libre circulation (en principe, et pas pour tous…) en Europe. Mais des moyens très importants sont en place pour la surveillance numérisée permanente de chacun. Surveillance dans les espaces publics, les déplacements et les achats, avec d’inquiétantes menaces sur le secret médical et de flicage des aides sociales. Et le contrôle d’internet déjà bien avancé.
Régression sociale
Etrange décision de
La « simplification du code du Travail à droit constant » opère de nombreuses « retouches de détail ». Son nouveau plan incohérent donne toutes facilités aux avocats des employeurs pour contester que l’article donnant lieu à poursuites s’applique au cas en train d’être jugé. Les sanctions en cas de récidive sont renvoyées sur le code pénal.
Ainsi est réalisée, par voie détournée, l’impunité promise aux employeurs lors des présidentielles de 2007. De plus le code a été éclaté en multitude de codes de branches : code rural, code de l’énergie, de l’éducation, etc., etc. restant à écrire : chaque branche avec un droit différent !
A été ajoutée une facilité légalisée pour les employeurs de se défausser de leur responsabilité lors d’accidents de travail.
Le report sur la négociation d’entreprise de droits jusque là protégés par la loi est parfaitement hypocrite, lorsque dans le même temps, le patronat s’emploie à disloquer les collectifs de travail, donc avoir totale maîtrise de la "négociation".
Voir l’excellente analyse de Gérard Filoche, Inspecteur du Travail dans « Le Monde Diplomatique », mars 2008.
Sur les lieux de travail, secteur public, comme secteur privé, se généralise une forme nouvelle de harcèlement moral qui détruit de nombreux travailleurs. (1 sur 3, concerné!)C’est généralement l’effet multiforme de modes d’organisation et de méthodes de management qui atomisent les collectifs de travail, placent chaque salarié seul sous le poids de l’institution, en concurrence généralisée (y compris par la conception des bureaux "open space"), écrasé par une quantification inepte de son travail qui le vide de sa valeur. Le professionnel est contraint de saboter son travail, de saboter les normes de qualité : seul les chiffres d'un prétendu-rendement immédiat compte. Dans les bagnes modernes où les suicides se multiplient, chacun est contraint jusqu’à l’obsession de rechercher sans fin comment améliorer son rendement et produire lui-même son épuisement avec la ruine de sa vie personnelle.
Ces effets se trouvent aggravés lorsque des comportements individuels pervers sont placés au sein de l’encadrement.
Pourquoi évoquer cela ici ? Parce que ces formes d’organisation et de management génératrices de harcèlement moral, sont de même nature que les carcans institutionnels et moraux décrits précédemment. Ils sont en voie de généralisation.
La « négociation » que les directions et ministères ouvrent sur la "souffrance au travail" est d’une répugnante mauvaise foi, puisqu'ils en sont maître d'œuvre!
L’affaiblissement important du code du travail élargit les espaces d’arbitraire, :aggrave considérablement la perversion de l’organisation du travail ainsi que ses ravages sur la santé.
Ainsi, d’une façon consciente, organisée le patronat et nos gouvernants* ne se satisfont plus des heures de travail prévues et payées. Ils exigent la totalité de l’être, qui en perd sa dignité, réduisent à l’état de kleenex les travailleurs, de l’ouvrier et de l’employé aux cadres moyens. (Il en va de même pour la sous-traitance des grandes entreprises). Esclavage industrialisé.
Simultanément la durée de vie des produits est réduite, leur qualité et celle des services se dégrade, les malfaçons sont innombrables. On ne répare plus : on jette. Le réparateur à domicile perd du salaire, s’il répare au lieu de faire remplacer l’appareil !
Le gaspillage des ressources est immense.
*gouvernants, puisque l’équipe élyséenne trônant sur sa majorité, s’emploie elle-même à discréditer les ministres qu’elle a choisis, les réduit au rôle de chefs de bureau !
Le slogan « Travailler plus longtemps », une malhonnêteté.
Reposant sur une nécessité évidente (N4), ce slogan est quotidiennement contredit par les employeurs privés et publics, (dont l’Etat lui-même) : Des dispositifs sont créés pour vous chasser de l’emploi à 50 ans. Passé 45 ans l’embauche est très aléatoire ; à partir de 50 ans, exclue. Nombreux sont les travailleurs délibérément cassés bien avant, physiquement ou moralement. Les jeunes subissent « la galère » jusqu’à 30 ans, stages, semi-emploi sous-payés séparés de périodes de chômage, au motif qu’ « ils n’ont pas d’expérience » L’employeur public multiplie les statuts précaires, avec le même sous-emploi.
La réalité est donc que les employeurs privés et publics ne les feront cotiser que 20 ans, contre la nécessité hypocritement affichée.
Quel sera le résultat réel non dit ? Des pensions de retraite cassées de moitié !
Cela ne pouvait pas être l’objectif affiché.
(Les dispositions favorisant le cumul emploi-retraite ou repousser l’âge de départ à la retraite ne concerneront que quelques privilégiés qui, dotés de retraite confortable, peuvent déjà poursuivre leur activité comme « consultants ». Petits arrangements entre copains)
9. Conclusion 2
25 ans se sont écoulés depuis la fin du train de réformes progressistes issues de mai-juin68.
Le système capitaliste n’a plus de rival : il n’est plus obligé de prouver qu’il est « social ».
De plus, il s’est virtualisé et le néolibéralisme thatchérien s’est mondialisé avec toutes ses aberrations.
Il a infiltré les institutions de l'Union Européenne, perverti les textes européens, dévoyé son projet pour l'utiliser contre les peuples.
Le patronat de notre pays s’est employé depuis Mai 68 à détruire le monde ouvrier en tant que classe capable de lui tenir tête. Mais il a en même temps aliéné et précarisé toutes les couches techniciens, techniciens supérieurs, cadres petits et moyens.
Le capitalisme en sa forme actuelle est de plus en plus incapable de fournir du travail à tous, incapable de prendre en compte la satisfaction des besoins des humains qu’il réduit à l’état de kleenex. Incapable de prendre en compte la santé publique, comme le respect de la nature, ou la préparation du futur.
Loin de soutenir l’économie, il la vampirise.
Sous un discours trompeur, l’actuelle équipe élyséenne initie un train de réformes qui accélère ce processus, en aggrave les effets.
N1. à l’encontre de tous ceux qui, parmi ses militants, ont participé à
N2. en 1967, le ministre de la culture A. Malraux, censura le film Suzanne Simonin, la religieuse libre adaptation de Diderot, tournée par J. Rivette (l’interdit fut levé après un semestre).
N3. Les ordonnances de 1944 et de 1945 ont créé un service public dépendant du gouvernement.
L’ORTF créée en 64 faisant suite à
N4 Nécessité évidente : l’allongement important de la durée de vie crée un lourd problème de financement des retraites. La nécessité logique de travailler plus longtemps serait évidente dans un contexte de plein emploi en apportant des cotisations supplémentaires. Dans le contexte présent de sous-emploi chronique, le raisonnement opéré sur des individus est trompeur. En effet, le report de l’âge de départ à la retraite n’est pas susceptible de créer des heures de travail et ne créera donc aucune cotisation nouvelle. Les aides à l’emploi des « seniors » ajoutent une aubaine supplémentaire pour les employeurs, s’ajoutant aux « aides » à l’emploi des jeunes, des personnes handicapées, etc., autant de catégories en difficulté d’emploi mises en concurrence. Globalement l’accroissement de cotisations ne peut provenir que d’un développement de l’activité économique. Et le report sur le privé d’activités de service public ne doit pas être pris en compte : ce n’est qu’un transfert d’emplois et de charges de pensions de retraites.

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